Le dinar tunisien serait-il officiellement dévalué ?

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Le dinar tunisien serait-il officiellement dévalué ?

En 2011, une explosion sociale éclate en Tunisie dans l’espoir d’améliorer le niveau de vie  des couches sociales moyennes et démunies. Cinq ans après, toutes les promesses s’évaporent malgré le changement du gouvernement à plusieurs reprises. La situation économique s’aggrave. Le pays se trouve au bord du gouffre. Les décideurs cherchent désespérément à réinstaurer l’ancienne conjoncture économique pour prévenir la faillite.  Certains responsables politiques trouvent que la dévaluation du dinar tunisien permettra de  réduire le déficit budgétaire…

Faites la différence entre la dépréciation et la dévaluation du dinar

En économie, la dépréciation ne signifie pas la  dévaluation. En effet, la dépréciation d’une monnaie résulte d’une défaillance économique induisant un écart entre la demande et l’offre de la monnaie locale. On peut dire que la dépréciation monétaire traduit la faiblesse du mécanisme du marché, souvent associé  à une grande crise économique. Par contre, la dévaluation présente l’application d’un choix politique. Le gouvernement  s’engage à diminuer la valeur de sa monnaie locale et ce,  en la comparant à une monnaie de référence, l’Euro dans le cas de la Tunisie.

Un tour d’horizon sur la conjoncture économique de la Tunisie

criseEn 1995 la Tunisie signe un accord d’association avec l’Union Européenne. L’accord détermine le cadre juridique de la coopération entre les deux pays notamment dans le secteur économique. À cette époque-là, la dépréciation du dinar tunisien n’était guère envisageable. Les indicateurs économiques montraient que la Tunisie était bien loin d’une telle catastrophe économique.

Selon un document publié en 2015 par l’institut national des statistiques, la Tunisie paye en devise 56% de ses importations. Plus que la moitié de ses exportations sont faites avec l’Europe (75%). Ceci  entraine un grand déficit de la balance commerciale qui atteint  plus de 20 milliards de dinars par an.  L’Europe absorbe entre 6 et 7 milliards de dinars chaque année, la Chine environ 1.3 milliards, la Russie et la Turquie, aux alentours de 2 milliards.

Pire, le pays est  surendetté. En 2016, le taux d’endettement moyen de la Tunisie atteint 60% du PIB. Sans oublier de citer les conséquences outrageuses du commerce parallèle sur l’économie nationale. Entre 2000 et 2016 le dinar tunisien a perdu 50 % de sa valeur par rapport à l’Euro.

Les conséquences sont les suivants : un taux d’inflation très élevé, une dégradation du pouvoir d’achat, une amplification du déficit budgétaire, un endettement extérieure et une chute brutale de l’investissement. Rappelons que  3500 entreprises industrielles ont cessé leurs activités depuis l’année 2011.

L’investissement étranger en Tunisie

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L’année dernière, la banque mondiale a publié une étude montrant  que l’encouragement de l’implantation des sociétés exportatrices en Tunisie ne présente plus un bon remède susceptible de  relancer l’économie tunisienne. En effet, aucune loi n’impose à ces entreprises de rapatrier les recettes de leurs opérations financières. Ajoutons en outre, que les investisseurs étrangers bénéficient d’une réduction du taux d’impôt.

D’après la banque mondiale, cette politique est très couteuse et généralement peu probante. L’incitation à l’investissement coûte à la Tunisie 2.2% de son PIB ce qui est équivalent à  1 milliard de dollars chaque année.

 

La dévaluation du dinar est-elle une solution ? 

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Notons bien que le levier de la politique monétaire diffère d’un pays à l’autre. Avant la création de l’Euro, l’Italie dévaluait sa monnaie locale. Les résultats de cette politique étaient prometteurs. Le nombre d’exportation augmentait considérablement, ce qui permettait de réduire le déficit commercial et de relancer l’économie italienne.

Sous la pression du FMI, l’Égypte vient de laisser flotter sa monnaie nationale.  La livre Egyptienne est dévaluée de presque 50% par rapport au dollar. En contrepartie, le pays recevra 12 milliards de dollars pour faire face à l’asphyxie économique. La concession est douloureuse. Mais, le président Sissi n’avait pas vraiment le choix.

Selon les économistes Égyptiens, la dévaluation de la monnaie Égyptienne permettra de  stabiliser les finances publiques et  d’attirer les investissements étrangers. Par contre, le taux d’inflation explosera et le pouvoir de consommation des pauvres sera réduit davantage.

S’agissant de la Tunisie, la dévaluation du dinar donnera certainement  un coup de pouce au secteur du tourisme médical et à celui du tourisme balnéaire, mais, elle permettra aux  sociétés étrangères de payer  leurs salariées beaucoup moins  et de faire ainsi, des très grands bénéfices. Ceci renforcera, sans aucun doute, leur compétitivité à l’échelle internationale au détriment de l’intérêt des tunisiens.

L’inflation fera automatiquement diminuer le pouvoir d’achat encore plus. Les prix des produits locaux et de ceux importés seront très élevés. La classe moyenne et  la classe démunie subiront les répercussions néfastes d’un tel choix très mal étudié. Ceci,  induira fort probablement des contestations sociales et la  Tunisie se retrouvera de nouveau à la case de départ.

 

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